Ecriture collective

UN ROMAN EPISTOLAIRE AU PTIT CERNY

Chers parents et Chloé

J’espère que mon petit mot vous trouvera en bonne santé. Je vous confirme ma venue pour les moissons ainsi je pourrais aider papa à cette période si laborieuse.

J’avoue que j’ai très hâte car j’ai l’impression que les murs de ma chambre se referment implacablement.

Ce confinement est très long, trop long. Les cours en visio ne remplaceront jamais les amphis et le contact avec les autres étudiants. Les liens avec les copains se distendent et je me transforme peu à peu en homme des cavernes, loup solitaire et solidaire.

Pendant un temps je me suis inscrit en tant que bénévole pour aider les personnes âgées de mon quartier, et ça m’a beaucoup apporté. J’ai ainsi fait connaissance avec des gens charmants de tous horizons, et de cultures différentes et variées.

Ne riez pas j’ai même appris à faire du tricot avec Renée et maintenant je sais faire un pain d’épices qui est un régal parait-il ! Lucine quant à lui m’a appris à changer les joints quand les robinets fuis.

Bon assez de bavardages.

Cholé ma petite sœur révise bien pour ton bac !

Je vous embrasse à très bientôt. Votre fils qui vous aime Bertrand


Voilà déjà trois jours et deux nuits  passés dans le studio de 13 m2 entre le clic clac offert par belle maman et un tableau à l’aquarelle du Mont Saint Michel à marée basse, à imaginer nos lendemains, assaillis tour à tour d’accablantes pensées que d’ailleurs fort pudiquement nous avions peine à partager, hormis peut-être, celles qui nourrissaient l’incantatoire espoir qui nous fait le plus souvent, étrangement résister. Une pandémie, le terrorisme, tels étaient nos ennemis et, l’écriture innocente tel un ultime cri, voire pourquoi pas, une indicible défense…

Aussi j’avais commencé à écrire avec pour fil directeur l’idée de relater ces jours étranges à partir de set espace réduit (tellement de voyages immobiles) et des conversations par mel parfois compulsives avec mes proches. J’avais décidé de leur envoyer chaque semaine l’avancée du texte.

La première matinée d’écriture avait été laborieuse l’idée du virus (et peut être aussi des attentats) se métamorphosait en peur obsessionnelle, chaque début de phrase venait percuter douloureusement l’incertitude et l’angoisse.

Alors…

… J’avais ressorti mon train électrique et tirant partie du moindre espace libre, de chaque meuble pouvant se transformer en décor, j’avais aménagé un trajet ferroviaire allant de l’appartement que j’occupais dans le quartier du Sacré cœur jusqu’au Mont Saint Michel.

Ma locomotive à vapeur 141TB407 passait ainsi sous la table basse héritée de papy, puis sous le vieux porte-revue en rotin chiné aux puces avant de grimper péniblement sur l’arbre à chat où j’avais construit des paliers à l’aide de boîtes de conserve (vides les boîtes, je précise car toutes utilisées pour ma survie).

Oui mais voilà, depuis ma construction je ne pouvais plus ouvrir le clic clac de mamy Hortense ma belle-mère (la femme de mon père), et je dormais avec le chat Hercule roulé en boule sur le tapis.

Marie, elle, utilisait la banquette du clic clac et se moquait de moi en me surnommant Minou . « Cesse de tourner en rond mon minou », me disait-elle du fauteuil où elle relisait pendant des heures ses romans préférés ; « Viens donc manger la pâtée ». Il faut dire que l’association pâtes et ratatouille en boîte finissait effectivement par ressembler à ce mélange compact que l’on inflige habituellement à nos petits compagnons.

Ça commençait à bien faire, et puis notre inscription pour l’émission de télé-réalité qui nous aurait permis de remonter nos finances tombait à l’eau.

Marie se satisfaisait de la situation, son inclination nonchalante teintée de fatalisme la poussait à se prêter à ce genre d’événement. D’ailleurs c’était le bon mot : événement, ça suggère des éléments de temps, de situation, de personnes, là nous n’avions rien. Juste des gens qui avaient sonné à notre porte, se présentant en blouses blanches, comme responsables des services de santé, et nous demandant de nous soumettre à un prélèvement de salive à des fins d’analyses. Nous étions quelques années après la pandémie du Covid et, pour éviter la répétition de cette catastrophe économique et sanitaire, il fallait agir très vite avec le maximum de civisme, nous dirent-ils. Quels que soient les résultats de nos analyses nous devions rester confinés et mettre la radio, la télévision n’émettant plus. Si nos résultats étaient positifs on viendrait nous chercher.

Depuis trois jours pas de nouvelles et je retournais le problème dans tous les sens. Privé d’éléments autres que les informations de la radio, sur une fréquence inconnue qui plus est, nous demandant de ne pas bouger. Le petit studio était moderne, avec la clim et tout et tout, et aussi des fenêtres de toit qu’on ne pouvait ouvrir (à cause de la clim, sans doute) si bien que nous étions coupés du monde, aucun bruit ne nous parvenait, et seul l’ordinateur, bloqué sur le site des services sanitaires, nous permettait d’accéder à l’extérieur. Nos réserves de nourriture diminuaient à vue d’œil, j’en étais à espérer qu’au Mont Saint-Michel la mer monte, c’est dire mon état d’esprit… 

J’ai le ventre qui gargouille, une grande lassitude et je sens le sommeil me gagner.

C’était comme dans un rêve. Je suis arrivé seul dans une rue à trottinette. Les rues étaient gaies, des concerts à gauche, à droite, des festins sur les tables de jardin sorties pour l’occasion sur les routes fermées à la circulation. C’était la fête partout dans le village. Je demandais aux gens pourquoi ils ne portaient pas le masque. Mais personne ne me répondait. C’est comme si j’étais un extra-terrestre. J’étais étonné. C’était tellement devenu un réflexe pour moi que cela était entré dans mon habitude. C’est un peu comme le matin : pipi puis café puis lavage de dents. Là c’était pareil, je sors alors le masque. Mais pourtant cette fois-ci nous étions libres. Alors, je me suis fondu dans cette masse d’humains joyeux et je suis allé au contact des gens. C’était une énorme fête de retrouvailles. Ce jour là, il y avait des barrières mais nous étions loin des gestes barrière. Nous avions délimité les rues où cette grande fête de village se déroulerait. C’est incroyable comme ces voisins étaient heureux de se revoir. Ce n’était plus « arrêtons de faire circuler le virus » mais bien « faisons circuler la vie, le partage, la joie tout simplement ». Tout le monde participait. Et chacun avait le sourire aux lèvres. Je ne voyais personne triste. Tout le monde était heureux !

Je reconnais alors parmi la foule de la rue mon amour d’adolescence : Delphine. Je n’ai jamais vraiment cessé de l’aimer. D’ailleurs, je n’ai jamais compris pourquoi elle m’avait quitté. Elle était tellement plus cool que Marie qui me reproche sans arrêt de ne pas nettoyer la litière du chat qui empuantit le studio, de ne pas mettre mon linge au sale dans la panière, d’encombrer l’espace avec un train électrique comme si je n’avais jamais cessé d’être un gamin. Ah, Delphine, tu étais si jolie, si tendre, si compréhensive…

Je n’en peux plus, je m’élance vers elle les bras tendus prêts à l’enlacer avec fougue. Je cours, j’écarte sans ménagement les badauds qui font barrière entre nous deux. Je crie son prénom à m’en briser les cordes vocales. Enfin, elle m’entend et se tourne vers moi et me lance un regard surpris puis langoureux. J’approche, je la serre contre moi, j’embrasse ses yeux humides, je plonge mon nez dans sa chevelure. Mes lèvres trouvent ses lèvres pulpeuses comme autrefois. Son haleine caresse mon visage et elle… sent le poisson. J’ouvre les yeux et me trouve nez à truffe avec Hercule qui miaule désespérément pour que je lui donne sa pâtée.

J’essaye de me rendormir, l’idée de passer une nouvelle journée poussive le long de la voie ferrée de mon salon me fatigue. Ces dernières journées, le désœuvrement m’a vidé, j’ai vaguement la nausée et un enchevêtrement de pressions logé dans la poitrine. Les yeux clos je cherche une destination autre que le Mont Saint Michel pour mon train mais je peine à trouver où. Le passé pourtant récent de balades le long des plages, le souvenir de marcher dans les vagues, le plaisir des pieds nus sur le sable, les lèvres salées, le vent qui orchestre la luminosité et les passages nuageux tout ce bonheur passé s’estompe.

Brusquement un coup de sifflet, j’ouvre les yeux, je perçois Marie coiffée d’une casquette, un sourire espiègle au coin des yeux qui déclare : «  Le train de 10H37 est entré en gare de salon salle à manger, son terminus, tous les passagers sont invités à descendre et à se rendre au buffet de la gare où un petit déjeuner d’exception les attend… ». Une délicieuse odeur de Kouglof arrive jusqu’à moi…

–> Voilà j’ai trouvé ma nouvelle destination. Pour les gourmands et gourmets comme moi la route ou plutôt la voie est toute tracée.

A moi le Kouglof, les Bredeles ? Les bonhommes en pain d’épice et les vins d’Alsace, Pinot, Gewurztraminer, Sylvaner, Crémant, je n’ai que l’embarras du choix.

Se pose tout de même la question du moyen de transport.

Vais-je prendre le train ? Le car ? Une voiture ?

A cheval, je vais y aller à cheval, je pourrais ainsi jouir des paysages bucoliques. J’ai tout mon temps.

Mieux une roulotte ! Je vais louer une roulotte . A la place des chevaux vapeur des percherons feront l’affaire. De toute façon rien ne presse. Il n’y a plus d’horloge, les réveils ne sonnent plus et ils n’ont plus d’aiguille. Nous sommes hors du temps.

Je peux même , vendre mon appartement et acheter mon domicile ambulant. J’ai peu de meubles , et uniquement deux ou trois babioles comme le tableau de Mamy Hortense à emballer. Le tout est de convaincre ma dulcinée.


POEME D’UNE ADHERENTE

Tant d’automne

Confinement,
Confiture,
Deux concentrations pour le prix d’une,
Le confinement revient à la une,
Déconfiture…
Nos chemins n’ont plus de croisées,
Le sens a échappé.
Dis-moi, dis-nous, automne roux,
Toi, qui suit le cours du temps,
Tu répands tes senteurs, tes couleurs…
Alors, donne à nos cœurs,
Un refrain d’espérance,
Fil en or des amis de la confiance,
Des amis,
Du P’tit Cerny !

C.P. – Toussaint 2020


La cloche de l’église finit ses onze coups. Le soleil apparaît enfin. Aucun bruit de circulation, la voie est libre de circulation, la voie est libre, je vous raconte donc.

Je suis Cernoise depuis presque quarante ans, j’ai connu le centre ville avec son boucher, son épicerie, son café, j’en oublie ? Son école qui a admirablement contribué à la réussite de notre fille, par l’excellente qualité de ses enseignants.

Le ptit café de Cerny existe grâce au bénévoles qui s’attachent à faire vivre ce village comme ils le font pour les familles. Ils travaillent comme des fourmis laborieuses, comme des abeilles respectueuses. Ils sont humains, comme moi, comme ce village. On se reconfine ? D’accord. On reste ensemble, on se salue en se croisant, le sourire est caché mais il est là parce qu’on ne se différencie pas, on est tous pareils.
Je veux vous remercier tous et toutes de me permettre de vivre dans cette communauté depuis si longtemps et sereinement.

La Cernoise


2020  2020  2020  2020  2020

Avoir eu 20 ans un 20 du mois à 20 heures me laissait croire que l’année du double 20 promettait de beaux lendemains.

Janvier 2020 commençait bien, mais

Février vint et vite survint le malin !

Mars, pour notre bien, tous au coin, prendre soin, privés de voisins,

Avril, chagrin, pas de Pâques au jardin,

Mai, pas de muguet, nous reste un bouquin, et sortir son chien,

Juin , enfin flâner dans les chemins, voir fleurir les lupins,

Juillet-août, l’espoir, le bain, le thym, le romarin,

Septembre, patatras, c’est le regain du machin,

Octobre, le refrain revient, tous aux abris, on est puni,

Novembre, on prévient, on n’est pas zinzin, on veut le bien !

Décembre, vivement la fin,

Avec ou sans sapin, sans être à 20, nous vaincrons 2020 en buvant du vin !

Et VIVE, 2021

Nous reverrons nos frangins, nos gamins, nos cousins, nos copains

Revenu le temps des gros câlins et des grands festins !

                                                           FB 14.112020


« Cette liesse, il fallait continuer à l’animer au sein de ce si joli et attachant village aux nombreux hameaux qui restaient à fédérer.

Car dans le centre de ce charmant village il était question d’y restaurer un ancien café/restaurant des années 60 (1960!!). Après l’avoir rendu viable et accueillant, tous les habitants y venaient avec leur vélo ou en covoiturage ou à pied…

Les jeunes les ados les adultes et leurs bébés, les seniors, les élus, les religieux, les non religieux, les grands, les petits, tous venaient voir ce bel endroit que les anciens avaient connu autrement, bien longtemps auparavant, pour y « papoter », chanter, jouer de la musique, jouer à des jeux plus originaux les uns que les autres, boire un p’tit coup…

Seulement, tous avaient aussi très envie de danser mais alors là : autant cet agréable endroit était accueillant, autant il devenait trop petit.

Alors c’est là que l’imagination de Marius, ce « gentil organisateur » fut mise à l’épreuve. Comme il avait plus d’un tour dans son sac, il eu l’idée d’agrandir : il suffisait de s’accorder avec le voisin pour abattre le mur mitoyen, ainsi chacun vit son espace se métamorphoser et donc offrir les possibilités attendues de tous.

Ceux qui étaient venus au départ donner un coup de main pour les peintures ou autres étaient suffisamment entraînés pour revenir avec leurs pinceaux et leurs pots .

Ainsi le tour était joué !

Restait à prévoir l’inauguration, bien sûr en « grande pompe ». Les plus audacieux ont vite tout imaginé : en plus des habitués et des villageois, les invitations de tous les V.I.P. du secteur, l’acheminement de ceux qui ne pouvaient plus conduire, les discours, les musiciens, les guirlandes et confettis… et surtout les équipes de télévision.

Le jour J inutile de décrire l’ambiance ! Ils étaient tous venus avec frères, soeurs, voisins d’autres villages, avec de nombreux amis. Quel succès retentissant dans la région. On en parle encore dans les « chaumières ».

Mais, victime de son succès, ce bel exemple de solidarité et de bonheur conjugués furent copiés dans de nombreux autres endroits. On n’en connait pas -encore- les répercussions.

Vous ne manquerez pas d »être informés en temps voulu… »